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Une éducation sans punition est-elle possible ?

Eléments de réponse avec Pascale Brunet-Lecomte, psychologue-clinicienne lyonnaise, qui travaille depuis de nombreuses années au contact des enfants et des adolescents ainsi que de leurs parents.

La punition corporelle est-elle un aveu d’impuissance ?

Sans aller jusqu’à parler d’aveu d’impuissance, effectivement, on constate que les parents ayant recours à la punition corporelle ont souvent épuisé toutes les ressources personnelles pour se faire obéir.

 

Au contraire de nombreux pays européens, la France n’interdit pas formellement le châtiment corporel à l’encontre des enfants dans le cadre familial. La formule « une claque ou une fessée n’a jamais fait de mal à personne » reste-t-elle la pensée dominante ?

Beaucoup de parents utilisent encore aujourd’hui les claques ou les fessées pour se faire obéir. Mais c’est un élément paradoxal car la majorité d’entre eux disent : « Je sais que je ne devrais pas le faire, mais pourtant je le fais. » Il y a donc là une forme de contradiction.

 

La punition corporelle est-elle à bannir ?

C’est un sujet sensible et délicat mais je ne suis pas convaincue que bannir la punition corporelle soit la solution miracle. Une claque ou une fessée, cela peut parfois aider, en tant que dernier recours, à fixer un cadre ou une limite à ne pas franchir.

 

Qu’en est-il de la violence verbale ?

La violence verbale, dont certains parents peuvent parfois user, pose problème car elle touche la dimension affective, qui est une corde sensible. Les enjeux sont en effet considérables, à l’image d’un parent qui pourrait dire à son enfant « tu m’as déçu » et le blesser durablement. Cette forme de violence résulte aussi, il faut bien le dire, de parents qui perdent leurs moyens.

 

Quelles conséquences et/ou traumatismes peuvent découler de la punition, notamment lorsque celle-ci est disproportionnée ou n’est pas maîtrisée ?

On constate aujourd’hui que de nombreux enfants sont extrêmement angoissés ou connaissent des peurs importantes. En particulier la peur de grandir. Celle-ci mobilise beaucoup d’enjeux affectifs, avec à la clé la peur de ne pas être à la hauteur. Mais au-delà de la punition, c’est surtout la question des limites qu’on se fixe en tant que parent qui importe. Beaucoup de parents ont du mal à tenir le cap qu’ils ont eux-mêmes fixé.

 

Quand faut-il punir un enfant ? Et en respectant quels principes ?

Avant de punir, il faut dialoguer et prendre le temps d’expliquer pourquoi. Ce qui ne signifie pas donner indéfiniment des explications, car arrive aussi un moment où la règle doit s’appliquer. De la même manière, quand un parent menace de punir, il doit le faire. Dire « je compte jusqu’à 3 » et compter jusqu’à 25 est inutile et même contreproductif. Il faut aller au bout de sa démarche tout en étant suffisamment clair et cohérent.

 

Quelles sont les erreurs à ne surtout pas commettre lorsqu’on punit son enfant ?

Punir sans dialoguer. Il faut également que les parents, s’ils sont deux, soient cohérents dans leur démarche éducative, les règles variant déjà suffisamment en-dehors du cercle familial.

 

La punition peut-elle différer selon l’âge et le caractère d’un enfant ?

Il existe chez les enfants et les adolescents des caractères plus forts ou plus affirmés, poussant certains à aller jusqu’au bout de la provocation. D’où l’importance pour les parents de définir un cadre éducatif et de le faire respecter.

 

Que faire si les punitions employées se révèlent inefficaces ?

Si les punitions sont inefficaces, c’est qu’il y a un problème de communication. Je vois régulièrement des parents me dire « il n’obéit jamais » ou encore « il est infernal » à propos de leur enfant. Mais ils devraient déjà se questionner sur les liens et les rapports qu’ils entretiennent au quotidien. On ne peut pas demander à un enfant seul de changer ! D’autre part, quand un enfant est dans le refus total, tout a tendance à devenir négatif.  Le risque, c’est par exemple que les efforts de l’enfant, même s’ils ne sont pas considérables, passent inaperçus. Ce qui aura tendance à le décourager.

 

Quelles sont les éventuelles alternatives à la punition ?

Fort heureusement, il n’y a pas que la punition. A titre d’illustration, la valorisation est une méthode alternative qui permet de ne pas enfermer l’enfant dans un statut négatif.

 

Entre force et autorité, l’exercice ressemble souvent à un exercice de funambule pour les parents, non ?

Encore une fois, cela doit pousser les parents à se questionner régulièrement sur eux-mêmes, leurs pratiques éducatives ou encore leur cohérence en termes de propos et d’attitudes. Ce qui est loin d’être un exercice facile.

 

Au final, une éducation sans punition est-elle envisageable ?

Je pense que non. Une éducation sans punition, ce n’est pas possible car cela voudrait dire un enfant exemplaire tout le temps, ce qui n’est pas normal non plus ! En matière de punition, tout reste finalement une question d’équilibre.

 

« De la fermeté dans un gant de velours »

Après 25 années passées en tant qu’ATSEM (Agent territorial spécialisé des écoles maternelles, ndlr) dans différentes écoles élémentaires lyonnaises, Zette Figon connaît également par cœur la thématique de la punition. Et si celle-ci reconnaît avoir été probablement « trop ferme ou trop sévère avec ses propres enfants », la donne est différente avec les centaines de maternelles qu’elle a eu à gérer. Des élèves pour lesquels la punition physique notamment est proscrite. « La recette est simple : fermeté, respect et dialogue. Tout enfant doit respecter l’autorité et les règles générales qui s’appliquent à l’ensemble des élèves. Il faut toujours garder à l’esprit qu’il y a un enfant et un adulte. L’adulte fixe les règles, l’enfant doit les respecter, même si parfois celui-ci prend un malin plaisir à les braver. Avant de punir, on cherche toujours à dialoguer avec l’enfant. Si le dialogue ne suffit pas, il ne faut pas hésiter à punir l’enfant ». Ce qui, concrètement, passe le plus souvent par une mesure d’isolement (« être mis au coin »), « l’attitude d’un ou deux enfants suffisant à dissiper une classe entière », témoigne encore Zette Figon. Qui résume sa méthode en huit mots : « De la fermeté dans un gant de velours ».

Propos recueillis par S.C

Publié le (Modifié le )

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